Parfois, la réalité des chiffres s’impose sans détour : plus d’une entreprise sur trois choisit la société par actions simplifiée (SAS) pour se lancer. Ce n’est pas un hasard. L’attrait pour cette structure tient à une promesse simple : liberté, flexibilité, et partage du capital sous forme d’actions distribuées entre les associés. Mais l’aventure entrepreneuriale réserve ses tournants. Arrive un jour où certains associés décident de passer le relais, d’explorer de nouveaux horizons ou simplement de tourner la page. La transmission des actions devient alors un passage obligé, loin d’être anodin. Voici pourquoi la cession d’actions en SAS mérite toute votre attention, et comment s’y prendre sans faux pas.
Quelles sont les raisons qui peuvent conduire à une cession des actions en SAS ?
Dans une SAS, chaque associé détient une part du capital sous forme d’actions, et quitter la structure, que ce soit après quelques mois ou plusieurs années, peut répondre à des motivations bien diverses. Celles-ci vont du départ à la retraite à l’envie de réinvestir ailleurs, en passant par le simple besoin de changement ou de sortir du jeu décisionnel. La loi laisse une grande latitude : il est possible de céder tout ou partie de ses actions, pour peu qu’on respecte les règles fixées, notamment dans le pacte d’actionnaires. Certaines formalités s’imposent, comme l’utilisation du formulaire Cerfa 2759 en l’absence d’acte de cession officiel.
En théorie, rien n’empêche de fixer son propre prix et de choisir librement l’acquéreur. Dans la pratique, beaucoup d’associés franchissent le pas lorsqu’ils souhaitent s’extraire de la société ou ne plus peser sur ses décisions. D’autres y voient une opportunité de profiter d’une tendance haussière sur le marché ou de saisir une offre avantageuse lors d’un rachat à bon prix.
La recherche de gains à long terme, tout comme les désaccords croissants entre associés, figurent aussi parmi les motifs fréquents. Pour la société, l’arrivée d’un nouvel actionnaire via ce mécanisme peut accélérer son développement, sans pour autant augmenter le capital social : seule la répartition des actions change, redistribuant les cartes entre associés.
Quelles sont les clauses relatives à la cession des actions en SAS ?
La liberté de céder ses actions dans une SAS n’est pas totale : elle s’encadre par des clauses statutaires. Voilà pourquoi il ne faut jamais négliger la lecture des statuts avant toute entrée au capital. Trois grandes catégories de clauses conditionnent généralement la cession d’actions :
- la clause d’inaliénabilité ;
- la clause d’agrément ;
- la clause de préemption.
La clause d’inaliénabilité, par exemple, peut interdire toute cession pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans. Inscrite dans le pacte d’actionnaires, elle ne concerne que ses signataires et vise à maintenir l’unité du groupe fondateur. Cette restriction protège les intérêts communs et évite l’arrivée impromptue d’acteurs externes.
La clause d’agrément, elle, encadre l’entrée de nouveaux associés. La cession ne peut alors s’opérer qu’avec l’accord exprès des autres actionnaires, réunis en assemblée pour valider ou refuser l’arrivée d’un nouvel entrant. Cette clause peut s’appliquer à divers profils : nouveaux investisseurs, associés existants, membres de la famille directe.
Il est possible de modifier cette clause pour la rendre plus stricte, sauf disposition contraire dans les statuts. Dans ce cas, une modification statutaire est nécessaire, sous réserve de respecter la réglementation en vigueur.
Quant à la clause de préemption, elle vise à préserver la stabilité de la société. Elle impose d’abord de proposer les actions à céder aux autres associés. Ce n’est qu’en cas de refus qu’un tiers peut entrer dans la boucle. Lorsque plusieurs associés sont intéressés, la répartition doit se faire à hauteur de leur participation respective au capital. Ce mécanisme évite qu’un concurrent ou un inconnu n’arrive sans contrôle dans la gouvernance.
Quelles sont les formalités de la cession des actions en SAS ?
Céder ses actions en SAS repose sur un contrat entre le cédant et l’acquéreur. Souvent, une promesse de cession précède l’acte définitif, pour fixer le prix, le calendrier et les conditions du transfert. Dès que la promesse est acceptée, la cession devient irrévocable.
Il n’est pas systématiquement requis de rédiger un acte écrit, mais consigner la transaction par écrit reste la meilleure garantie en cas de contestation. Le document doit mentionner l’identité des parties, le nombre d’actions transférées, leur prix et les modalités de paiement. À défaut de notaire, un simple virement bancaire peut attester la cession.
Il faut ensuite notifier la SAS par lettre recommandée avec accusé de réception. Le dossier transmis comprendra l’acte de cession ou un document précisant la date, la quantité et la nature des actions. Il est également important de signaler à la société l’identité de l’acquéreur et les coordonnées bancaires à utiliser pour le règlement.
Une fois ces informations reçues, la SAS met à jour le registre des mouvements de titres et inscrit les nouvelles actions au nom de l’acquéreur. À partir de cet instant, l’ancien associé quitte définitivement la scène.
Que faire une fois les actions en SAS cédées ?
Dès que la cession est actée, il faut en informer le service des impôts des entreprises dans le mois qui suit. Si la transaction s’est faite sans acte écrit, il suffit de remplir le formulaire Cerfa 2759, spécialement prévu pour les « cessions de droits sociaux non constatées par un acte ».
Ce document permet de formaliser la cession et de régler les droits d’enregistrement, dont le montant s’élève à 0,10 % du prix de vente, quelle que soit la forme de la déclaration. Lorsqu’un acte écrit existe, il doit être enregistré auprès de l’administration fiscale.
Si la cession génère une plus-value, il faudra déclarer le gain et s’acquitter de l’impôt sur le revenu (taux unique de 12,8 %) ainsi que des prélèvements sociaux (17,2 %). Opter pour le barème progressif peut s’avérer plus avantageux selon la date d’acquisition des actions ou la situation personnelle du cédant.
Autre point à noter : la cession à un salarié de la SAS ou à un proche du cédant (famille souhaitant reprendre le flambeau) ouvre droit à un abattement de 300 000 euros.
Quelques conseils pour réussir une cession des actions en SAS
Ceux qui veulent réussir leur cession d’actions en SAS doivent d’abord vérifier que les statuts ou le pacte d’associés ne comportent pas de freins insurmontables. Une évaluation précise du prix par un expert s’impose, pour garantir la sincérité de la transaction et éviter tout problème lors d’un contrôle fiscal.
Pensez aussi à inclure les droits d’enregistrement dans vos calculs et à anticiper l’impact de la cession sur la situation matrimoniale, si votre conjoint est concerné. Enfin, pour sécuriser la démarche, il reste judicieux de faire appel à un professionnel aguerri en rédaction d’actes de cession d’actions.
Changer d’associé, c’est plus qu’un simple transfert sur un registre : c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre pour la SAS, une redistribution des rôles et parfois, une impulsion inattendue. Reste à savoir qui prendra la suite… et avec quelles ambitions.



